DELPHINEQuand on rencontre le safran, il entre dans votre vie, pour ne plus jamais en sortir. Après une  longue relation intime et quotidienne, je pensais que nous allions en rester là, nous séparer et que j’allais sans pour autant l’oublier, voguer vers d’autres projets. C’était sans compter sur sa pugnacité : « je suis le safran et tu as une mission envers moi, quoiqu’il advienne, tu continueras à promouvoir mes usages et mes bienfaits ». Voilà ce qu’il me susurre à l’oreille quand je crois que notre aventure arrive à son terme.

Nous nous sommes rencontrés début des années 2000 dans une échoppe kashmiri de Delhi. Où, en échange d’un paquet conséquent de précieux stigmates, j’ai troqué mes chaussures de randonnée contre celles du marchand. Je suis sortie en tongs dans les rues indiennes affronter le froid de janvier. Au fil des années et des voyages, il savait être présent et se rappeler à mon bon souvenir.

En 2010, j’ai réalisé un reportage sur sa culture en Gironde.

En 2012, au Printemps, c’est dans les Himalayas que j’ai pris la décision de me consacrer à sa culture. En septembre, je commençais en France, un diplôme agricole dédié à la culture du safran en agriculture biologique.

A l’été 2013, je crée la safranière 13’OR ROUGE en Provence, sur des restanques sauvages à quelques encablures de Marseille.

Pendant sept ans, j’ai cueilli, émondé, séché, transformé de précieux stigmates rouges en délices sucrés et salés. J’ai accueilli des milliers de curieux pour leur conter le safran dans tous ses états, leur présenter les usages et les bienfaits.

J’ai arraché, trié, calibré des bulbes, crée d’autres safranières, formé de nouveaux safraniers, encadré des stagiaires. Dynamisée par la force que donne le safran, je dispensais son enseignement. Conférences, rencontres, le plus pédagogiquement j’expliquais les multiples facettes de cette plante quasi magique. Associations, hôpitaux, universités, chefs de restaurants, étoilés ou pas, apprentis d’écoles hôtelières, barmen, sélectionneur d’épices, à tous j’offrais l’histoire du safran.

Des alignements planétaires des plus douloureux ont fait coïncider la fin de cette activité dans les collines, voilà il en était terminée de notre relation safranée.

Comme je me plaisais à le mentionner sur mes étiquettes, Safran is Love. Love is Safran. Alors, le safran revient, il insiste, me fait les yeux doux et veut que je continue à vanter ses si particuliers effets. Il veut que je m’implique encore et toujours à transférer mes compétences pour la production de safrans qualitatifs partout dans le monde pour que toujours plus nombreux soient ses adeptes et que ses bienfaits servent au plus grand nombre.

Ainsi soit-il.

Place aux conseils, aux accompagnements, aux sourcings toujours focalisée sur une recherche de qualité, de valorisation et de développement de projets impliquant le respect des producteurs et de leurs écosystèmes.